Quand on évoque le rétro gaming, les mêmes noms reviennent en boucle, comme une litanie nostalgique : Super Nintendo, Megadrive, PlayStation, Game Boy… Ces machines ont façonné l’industrie et squattent aujourd’hui les étagères des collectionneurs et les chaînes YouTube spécialisées. Pourtant, l’histoire des pixels ne se résume pas à cette guerre des boutons entre Nintendo, Sega et Sony.
Dans l’ombre de ces géants dorment des machines audacieuses, des concepts trop en avance sur leur temps et des cartouches mystérieuses qui n’ont jamais eu le droit à la lumière des projecteurs. Aujourd’hui, on dépoussière les étagères du fond. Quittez les sentiers battus : cap sur les grands oubliés du jeu vidéo vintage.

Les consoles fantômes : quand l’ambition ne suffit pas
Pour une machine qui réussit, combien ont fini au cimetière des technologies ? Souvent victimes d’un marketing défaillant, d’un prix prohibitif ou d’un calendrier de sortie catastrophique, ces consoles méritent pourtant qu’on se souvienne d’elles.
La PC-Engine SuperGrafx : le rendez-vous manqué de NEC
À la fin des années 80, NEC cartonne au Japon avec sa PC-Engine. Pour contrer l’arrivée imminente de la Super Nintendo, le constructeur décide de muscler son jeu et sort, en 1989, la SuperGrafx. Sur le papier, c’est un monstre de puissance capable de rivaliser avec les bornes d’arcade de l’époque.
Le problème ? Elle n’aura vu naître que 5 malheureux jeux dédiés (dont le très bon Ghouls ‘n Ghosts).
Pourquoi elle a sombré : Trop chère, un design massif qui rappelait un moteur de voiture, et une compatibilité confuse avec la gamme précédente. Elle est aujourd’hui une pièce de choix pour les collectionneurs fortunés.
>> Lire notre article sur la PC-Engine SuperGrafx
La Vectrex : l’arcade vectorielle à la maison
Sortie en 1982, la Vectrex est un ovni unique en son genre. Contrairement à ses concurrentes qui affichent des sprites à base de pixels sur la TV du salon, la Vectrex intègre son propre moniteur et utilise des graphismes vectoriels (des lignes de lumière pures, à la Asteroids). Pour ajouter de la couleur, il fallait glisser un film plastique transparent (un « overlay ») sur l’écran.
L’expérience de jeu était d’une fluidité absolue, retranscrivant les sensations de l’arcade comme aucune autre console de salon. Malheureusement, le krach du jeu vidéo de 1983 a balayé cette merveille technologique en plein vol.
>> Lire notre article sur la Vectrex
La Pippin d’Apple et Bandai : le faux départ multimédia
Oui, Apple a mis un pied dans le jeu vidéo de salon au milieu des années 90. Conçue par la firme à la pomme et produite par Bandai, la Pippin se voulait un hybride entre un ordinateur d’entrée de gamme et une console de jeux, entièrement basée sur l’architecture Mac.
Vendue à un prix astronomique (près de 600 dollars à l’époque) et dotée d’un catalogue de jeux famélique face au raz-de-marée de la PlayStation et de la Saturn, la Pippin fut l’un des plus grands flops de l’histoire d’Apple. Elle reste aujourd’hui un témoin fascinant d’une époque où tout le monde voulait sa part du gâteau multimédia.
>> Lire notre article sur la Pippin
Trois pépites vidéoludiques restées dans l’ombre
Derrière ces machines oubliées se cachent aussi des logiciels exceptionnels qui n’ont pas eu le succès commercial mérité. Si vous cherchez de nouvelles expériences rétro à vous mettre sous la dent (ou dans votre émulateur), voici trois chefs-d’œuvre méconnus.
1. Terranigma (Super Nintendo) : l’action-RPG ultime
Si l’on vous dit action-RPG sur la 16-bits de Nintendo, vous pensez immédiatement à Secret of Mana ou The Legend of Zelda: A Link to the Past. C’est faire injure à Terranigma (développé par le studio Quintet), qui est pourtant l’un des titres les plus profonds, graphiquement somptueux et mélancoliques de sa génération.
Vous y incarnez Ark, un jeune garçon espiègle qui va accidentellement figer son village du monde souterrain. Pour réparer sa faute, il doit remonter à la surface de la Terre pour ressusciter progressivement les continents, la faune, la flore, puis l’humanité. Le jeu aborde des thèmes complexes comme l’évolution, le progrès industriel et la religion, le tout porté par une bande-son magistrale. Un chef-d’œuvre absolu, hélas sorti en fin de vie de la console en Europe, sans jamais connaître de sortie américaine.
2. The Firemen (Super Nintendo / PlayStation)
Oubliez les dragons, les fusils d’assaut et les extraterrestres. Dans The Firemen, votre pire ennemi est le feu. Ce jeu d’action en vue de dessus vous place dans la peau de Pete, un pompier d’élite envoyé avec son partenaire pour maîtriser un incendie chimique gigantesque dans un complexe industriel un soir de Noël.
Le gameplay est d’une efficacité redoutable : il faut gérer la progression des flammes, ramper sous les fumées toxiques, secourir les civils et optimiser l’utilisation de sa lance à incendie (jet continu ou jet d’eau au sol). C’est stressant, original, magnifiquement animé et terriblement addictif.
3. Einhänder (PlayStation) : le chant du cygne du Shoot’em up par Square
Dans les années 90, le studio Squaresoft (aujourd’hui Square Enix) régnait en maître incontesté sur le monde du RPG avec Final Fantasy. Pourtant, en 1997, ils ont pris tout le monde à contre-pied en sortant un shoot’em up spatial en 2.5D d’une noirceur et d’une technicité incroyables : Einhänder.
Le jeu se démarque par son ambiance cyberpunk très soignée, sa bande-son techno industrielle hypnotique et surtout son système de jeu. Votre vaisseau possède un bras mécanique capable de voler les armes des boss et des ennemis détruits pour les retourner contre eux. Graphiquement impressionnant pour la première PlayStation, il est resté discret en Occident, devenant aujourd’hui une rareté très recherchée.
Pourquoi s’intéresser aux laissés-pour-compte du jeu vidéo ?
Redécouvrir ces trésors cachés ne relève pas uniquement de la simple curiosité de collectionneur. C’est une démarche essentielle pour comprendre l’évolution de notre média favori.
Une bouffée d’air frais et d’originalité
L’industrie actuelle du jeu vidéo est souvent frileuse, misant sur des suites sécurisantes et des formules éprouvées. Plonger dans le catalogue des consoles méconnues des années 80 et 90, c’est retrouver une époque de liberté créative totale, où les développeurs tentaient des concepts improbables sans filet de sécurité. Tout était encore à inventer.
Le plaisir de la découverte
À notre époque où la moindre information est accessible en trois clics et où chaque classique a été décortiqué des milliers de fois sur le web, il y a un plaisir unique et presque archéologique à lancer un jeu dont on ignore tout. C’est retrouver cette sensation d’enfance, celle que l’on ressentait en glissant une cartouche inconnue dans sa console, prêtée par un copain d’école.
Le mot de la fin
Le rétro gaming est un territoire immense qui ne s’arrête pas aux frontières dessinées par Mario et Sonic. La prochaine fois que vous aurez envie d’une session nostalgie, pourquoi ne pas laisser de côté vos classiques habituels pour explorer les marges de l’histoire du jeu vidéo ? Que ce soit à travers les lignes lumineuses d’une Vectrex ou les continents à reconstruire de Terranigma, l’aventure est souvent bien plus surprenante là où personne ne regarde.
Et vous, quel est votre « plaisir coupable » ou votre chef-d’œuvre totalement inconnu du grand public ? N’hésitez pas à partager vos pépites oubliées dans les commentaires !




