Le phénomène Labubu et l’essor des figurines collectables en France

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La scène des objets de collection – figurines designer, « blind boxes », art toys – connaît depuis quelques années une véritable accélération en France. Au cœur de ce mouvement, la marque Pop Mart et sa création star, Labubu, imaginent un univers hybride entre jouet, art pop et objet de désir. Cet article se propose d’analyser le phénomène Labubu : son origine, sa montée en France, et plus largement l’essor des figurines collectables dans l’Hexagone. Nous verrons les mécanismes derrière ce succès, les motivations des collectionneurs, les enjeux économiques et culturels, ainsi que les risques et bonnes pratiques à connaître.


1. Origines de Labubu : un art-toy qui devient icône

Le personnage Labubu a été créé par l’artiste hongkongais Kasing Lung et édité par Pop Mart. Il s’inscrit dans la logique des « art toys » ou figurines designer : objets non seulement ludiques mais porteurs d’un univers visuel et narratif.
L’esthétique de Labubu se caractérise par des traits décalés : grandes oreilles, dents pointues, yeux parfois hallucinés, mélange de mignon et de bizarre (ce qu’on pourrait qualifier de « mignon-inquiétant »). Cette dualité lui donne une forte identité visuelle et émotionnelle.
Par ailleurs, Pop Mart a structuré une stratégie de distribution qui joue sur l’exclusivité, les séries limitées, les « blind boxes » (boîtes-surprise) et les éditions secrètes. Ce modèle a déjà fait ses preuves en Asie et se diffuse désormais en Occident.


2. Pourquoi Labubu conquiert-il la France ?

2.1 Le contexte de marché

En France, le marché des jouets et objets de collection connaît une mutation. Selon une enquête récente, les produits « d’influence asiatique » (comme Hello Kitty ou Labubu) représenteraient 14,7 % des ventes de jouets et ont progressé de 76 % en 2025 par rapport à 2024. Le Monde.fr
Cette croissance reflète plusieurs tendances :

  • la montée en puissance des réseaux sociaux dans la diffusion visuelle des objets de collection ;

  • l’élargissement de la cible des collectionneurs — pas seulement des enfants, mais aussi des adolescents et adultes ;

  • le désir d’objets à forte identité visuelle, à mi-chemin entre design, pop culture et décoration intérieure.

2.2 Le rôle de l’exclusivité et de la rareté

L’un des leviers puissants du succès de Labubu est le sentiment d’exclusivité : certaines figurines sont en « édition secrète » (exemple : dans une série, 1 pièce sur 72, 1/114, etc).
Cette mécanique crée un effet de désir accru : « je pourrais avoir la version rare », « si je l’ai, je fais partie d’un cercle restreint ». Elle stimule la collection, l’achat impulsif, l’échange et parfois la revente.
En France, certains magasins ont mis en place un système de tirage au sort pour acheter certains modèles, en raison de la forte demande.

2.3 La dimension communautaire et la visibilité

Le phénomène ne serait pas ce qu’il est sans la communauté autour de ces figurines. Les collectionneurs publient des photos, commentent sur les forums, s’échangent des pièces rares.


3. Le marché des figurines collectables en France : panorama et chiffres

3.1 Une croissance notable

Comme mentionné, le segment des jouets « influence asiatique » en France croît fortement : l’enquête cite 17 % des volumes de vente de jouets pour ce type d’objets collectables.
Bien sûr, les chiffres précis pour Labubu seul ne sont pas toujours publics, mais la dynamique est claire : une forte demande, des listes d’attente, des files d’attente devant certains magasins lors de lancements.

3.2 Distribution et présence en France

La marque Pop Mart s’est installée en France en 2023, avec déjà plusieurs boutiques en région parisienne, puis à Bordeaux, Lyon, Lille.
De plus, de nombreuses boutiques en ligne françaises proposent Labubu et autres figurines de design orienté collection. Par exemple : « Figurines Labubu – Séries & boîtes mystères** » sur Univers Kawaii. 
Les plateformes d’e-commerce et les communautés facilitent l’accès mais également l’importation, l’échange ou la revente d’articles rares.

3.3 Valorisation et revente

L’un des aspects souvent méconnus est la valorisation secondaire. Certaines pièces rares de Labubu sont revendues très au-dessus de leur prix de lancement. Ce phénomène n’est pas unique (on le retrouve aussi avec les cartes Pokémon, toys designer, etc.), mais il participe à l’engouement et à la spéculation autour de ces objets.
Cela génère aussi un « effet bulle » potentiel : quand la demande s’essouffle ou que l’offre s’augmente, la valeur peut se stabiliser ou reculer.


4. Labubu : cas d’école d’un objet hybride entre jouet, art et design

4.1 Une identité visuelle forte

Labubu combine :

  • une esthétique décalée, reconnaissable ;

  • des déclinaisons multiples (figurines, peluches, accessoires, collaborations avec marques) ;

  • un storytelling (l’univers de Kasing Lung, les « Monsters », les blind boxes).
    Cette combinaison en fait plus qu’un simple jouet : un objet de désir, un élément de décor, un fragment de culture visuelle contemporaine.

4.2 Les collaborations et éditions spéciales

Pour renforcer l’attrait, Labubu collabore avec des marques ou des univers bien-connus (ex : série Coca-Cola) :

4.3 Le modèle « blind box » et l’expérience de surprise

Un aspect clé du modèle est la boîte surprise (blind box) : l’acheteur ne sait pas à l’avance quelle variante il va obtenir. Cela crée une tension, un désir immédiat, voire une recherche ultérieure (« je veux la version rare »). Ce modèle favorise aussi l’achat multiple, l’échange entre collectionneurs, et la revente.
En France, ce modèle a été largement adopté pour Labubu et d’autres figurines.


5. Enjeux, défis et bonnes pratiques pour le collectionneur français

5.1 Attention aux contrefaçons et aux arnaques

Comme pour toute forte demande, le risque de contrefaçon ou de sur-tarification existe.

  • privilégier les revendeurs officiels ou agréés ;

  • vérifier les hologrammes, les QR-codes d’authenticité, l’emballage officiel ;

  • se méfier des prix trop bas ou des vendeurs inconnus.
    De plus, certains articles informent que des douanes ont saisi des faux.

5.2 Comprendre la valeur (émotionnelle vs financière)

Pour beaucoup, la valeur d’un objet tel que Labubu est d’abord émotionnelle : plaisir de collectionner, fierté d’affichage, intégration à une communauté. La dimension financière peut venir après, mais ne doit pas être la seule motivation.
Se lancer en pensant « je vais gagner de l’argent » peut être risqué, car le marché peut évoluer, les tendances changer, l’offre augmenter.

5.3 Entretenir et exposer sa collection

Pour maximiser la longévité et éventuellement la valeur d’une figurine :

  • conservez l’emballage d’origine (boîte, blister) ;

  • protégez-la des UV, de la poussière et des manipulations excessives ;

  • pour les blind boxes, certains préfèrent ne pas les ouvrir, pour préserver leur « état neuf ».

5.4 Gérer sa participation à la hype sans excès

La « hype » (enthousiasme collectif) peut pousser à acheter impulsivement ou à participer à des files d’attente, des tirages au sort, des reventes coûteuses.
Il est utile de définir ses propres critères (quelle série m’intéresse ? quel budget ? est-ce pour exposer ou revendre ?) plutôt que de céder à la logique du « tout achat rare = valeur ».
Un petit mot pour les parents : si vos enfants s’intéressent à ces figurines, expliquez-leur le modèle économique (blind box, rareté, collection) et les risques (contrefaçons, reventes).


6. Perspectives pour l’avenir : vers où va le marché des figurines collectables en France ?

6.1 Diversification des univers

On observe une diversification croissante des univers de figurines : au-delà de Labubu, d’autres marques/designers explorent des niches (pop culture, art toy, mobiles, lifestyle). Cela signifie que le marché peut s’élargir et attirer de nouveaux publics.

6.2 Internationalisation et modèles hybrides

Avec des marques comme Pop Mart, le modèle asiatique d’art toy se diffuse en Europe. Cela pose des questions d’adaptation (logistique, distribution, tarification, communication).
La France pourrait devenir un marché plus mature pour les collectionneurs adultes, pas seulement adolescents.

6.3 Digitalisation et communautés en ligne

Les forums, réseaux sociaux, applications de suivi des drops, revendeurs en ligne contribuent à structurer la communauté. La transparence, la notation des revendeurs, la traçabilité d’authenticité seront de plus en plus importantes.

6.4 Attention à la saturation et à l’évolution des goûts

Toute tendance connaît un pic, puis éventuellement un redressement. Si l’offre devient trop abondante, si la rareté est moins perçue, la valeur perçue peut baisser. Le collectionneur avisé doit donc rester attentif à l’évolution du marché.

6.5 Responsabilité environnementale et consommation raisonnée

L’un des défis sera la conscience de la surconsommation et la durabilité. Acheter pour exposer ou pour collectionner n’est pas la même chose qu’acheter pour suivre la mode. Le marché pourrait être poussé à évoluer vers des éditions plus durables, des matériaux plus responsables ou des reventes encadrées.


Conclusion

Le phénomène Labubu n’est pas un simple coup marketing : il s’inscrit dans un contexte plus large où les figurines collectables deviennent des objets de désir, de design et de culture visuelle en France. Grâce à une esthétique forte, une stratégie de rareté bien pensée, et une communauté engagée, Labubu est devenu un cas d’école.

Pour les collectionneurs français, cela ouvre des opportunités passionnantes : acquérir des pièces originales, faire partie d’une communauté, exposer un univers personnel. Mais cela implique aussi de faire preuve de discernement : vérifier l’authenticité, comprendre la valeur réelle (au-delà du buzz), éviter la surenchère.

Enfin, au-delà de Labubu, c’est tout un marché des objets de collection qui évolue : entre art-toy, pop culture, design et consommation raisonnée. Et si vous envisagez de vous lancer dans ce monde, souvenez-vous que la meilleure pièce de votre collection reste celle que vous aimez vraiment.

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