Si vous avez grandi dans les années 80, il y a des mélodies qui ne s’oublient pas. Quelques notes de synthétiseur, une voix enfantine qui entonne « C’est le Shagma… », et soudain, vous voilà transporté des kilomètres sous la croûte terrestre.
Les Mondes Engloutis, ce n’est pas seulement un dessin animé de plus dans la grille de programmes d’Antenne 2. C’est une expérience visuelle, un voyage philosophique et, disons-le franchement, un sacré délire créatif. À l’heure où les reboots de licences cultes pullulent, il est temps de se replonger dans les profondeurs d’Arkadia pour comprendre pourquoi, quarante ans plus tard, cette série nous fait toujours dire : « Bizarre, non ? »

Un pitch qui défie les lois de la géologie
Diffusée pour la première fois en septembre 1985, la série créée par Nina Wolmark (déjà derrière l’adaptation d’Ulysse 31) nous projette dans un univers souterrain fascinant.
L’histoire commence avec la cité d’Arkadia. Ses habitants vivaient autrefois à la surface, mais après un cataclysme, ils se sont réfugiés au centre de la Terre. Pour survivre, ils dépendent du Shagma, un soleil artificiel source de toute vie. Mais voilà, le Shagma tombe malade. Il se meurt.
Dans un dernier espoir, les enfants d’Arkadia brisent la loi du silence, accèdent aux archives interdites et créent de toutes pièces Arkana, une messagère à l’apparence humaine, envoyée vers la surface pour trouver de l’aide.
Un voyage sans fin dans les strates du temps
Ce qui rend Les Mondes Engloutis unique, c’est sa structure. Contrairement à beaucoup de productions de l’époque, le voyage ne se fait pas dans l’espace, mais à travers des strates. Chaque épisode est une escale dans un monde différent, souvent absurde, parfois effrayant, niché dans les replis de la Terre.
Une galerie de personnages inoubliables
Si la série a marqué les esprits, c’est aussi grâce à son casting éclectique. On est loin des stéréotypes habituels du « club des cinq ».
Arkana : Mi-femme, mi-androïde magique, elle est la douceur incarnée. Elle ne combat pas avec ses poings, mais avec ses mains capables de projeter des illusions. Un symbole de paix dans un monde brutal.
Spartakus : Le rebelle au passé mystérieux. Avec son bracelet de force capable de se transformer en grappin ou en arbalète, il est le protecteur du groupe. Il porte en lui une mélancolie rare pour un héros de dessin animé.
Bob et Rébecca : Les deux enfants venus de la surface. Ils servent de point d’ancrage au jeune spectateur, découvrant avec nous les merveilles et les dangers des mondes intérieurs.
Bic et Bac : Les mascottes. Deux créatures pangolins (bien avant que le pangolin ne devienne tristement célèbre) capables de produire du feu ou de l’électricité en dansant. Leur « Flash-back » reste une séquence culte de métamorphose.
Shagshag : Le vaisseau vivant. Doté d’une conscience et d’une mémoire encyclopédique, il est le lien technologique entre les époques.
« Bizarre, non ? » : L’empreinte visuelle et sonore
Pourquoi ce qualificatif de « bizarre » revient-il sans cesse ? Parce que Les Mondes Engloutis assume un esthétisme psychédélique et surréaliste.
Les Pirates du Shag-Shag
On ne peut pas parler de la série sans évoquer les méchants les plus improbables de l’histoire de l’animation : les Pirates. Menés par Maxigas, Mattymatte, Seskapile et Massmedia, ils ne cherchent pas seulement à voler, ils passent leur temps à chanter et à danser sur des chorégraphies dignes des clips de l’époque.
Leur look ? Un mélange de punk, de disco et de bric-à-brac. Ils représentent une menace constante, mais traitée avec une dérision qui rendait chaque rencontre mémorable.
La patte Vladimir Cosma
La musique joue un rôle primordial. Composée par le légendaire Vladimir Cosma, la bande-originale oscille entre des thèmes épiques et des chansons pop entêtantes (interprétées par les Mini-Star). Le générique est un chef-d’œuvre d’efficacité qui pose immédiatement l’ambiance : mystère, aventure et une pointe d’inquiétude.
Une série bien plus profonde qu’il n’y paraît
Sous ses airs de divertissement pour enfants, Les Mondes Engloutis abordait des thématiques d’une modernité surprenante pour le milieu des années 80.
L’écologie : Le Shagma qui meurt est une métaphore directe de l’épuisement des ressources naturelles. La survie d’Arkadia dépend du respect de leur environnement.
La mémoire et l’histoire : Les Arkadiens ont oublié leur passé. La série souligne l’importance de connaître ses racines pour ne pas répéter les erreurs des anciens.
La tolérance : À chaque escale, nos héros rencontrent des peuples aux mœurs étranges. Le message est clair : la différence n’est pas une menace, mais une richesse.
La philosophie : On y croise des figures historiques (Galilée, Einstein) ou mythologiques, mêlant science et ésotérisme d’une manière totalement décomplexée.
Le saviez-vous ? La série a été une véritable prouesse de coproduction internationale (France, Canada, Japon, Luxembourg, Taïwan), ce qui explique la richesse de son animation et de ses décors.
Pourquoi redécouvrir Les Mondes Engloutis aujourd’hui ?
À l’heure du numérique et de la 3D ultra-lisse, regarder Les Mondes Engloutis procure un charme fou. C’est une œuvre qui prend son temps, qui n’hésite pas à être contemplative et qui respecte l’intelligence de son public.
Un héritage indéniable
L’influence de la série se retrouve dans de nombreuses œuvres de science-fiction contemporaines. Ce concept de « monde sous le monde » a nourri l’imaginaire de toute une génération de créateurs. C’est une pièce maîtresse du patrimoine de l’animation française, au même titre que Les Mystérieuses Cités d’Or.
Où le regarder ?
Bonne nouvelle pour les nostalgiques : la série est régulièrement disponible en DVD ou sur certaines plateformes de streaming spécialisées dans le rétro-gaming et l’animation vintage. Les épisodes ont plutôt bien vieilli, portés par une direction artistique qui privilégie l’imaginaire au réalisme pur.
Conclusion : Un voyage au centre de nous-mêmes
Les Mondes Engloutis, c’est cette sensation étrange de rêve éveillé. C’est la preuve que l’on peut proposer aux enfants un univers complexe, parfois sombre, mais toujours porteur d’espoir.
Alors, si vous avez envie d’un break loin des réseaux sociaux et du tumulte du monde moderne, montez à bord de Shagshag. Laissez Spartakus vous guider à travers les strates de la Terre. Vous verrez, c’est un voyage dont on ne ressort jamais tout à fait le même.
Bizarre, non ? Peut-être. Mais absolument indispensable.
Questions Fréquentes (FAQ)
Qui a créé Les Mondes Engloutis ? La série a été créée par Nina Wolmark, qui a également travaillé sur Ulysse 31.
Combien d’épisodes compte la série ? Elle se compose de 2 saisons pour un total de 52 épisodes de 26 minutes.
Quelle est la signification du mot « Shagma » ? Dans la série, le Shagma est le soleil de cristal situé au centre de la Terre, fournissant l’énergie vitale aux Arkadiens.
Pourquoi les pirates chantent-ils tout le temps ? C’était une volonté artistique pour dédramatiser la menace et apporter une touche de fantaisie typique des années 80.
