Si vous avez grandi dans les années 90, il est impossible que vous soyez passé à côté du tableau noir de la gare de Shinjuku. Trois lettres, XYZ, et un homme à la veste claire et au t-shirt rouge débarquait pour régler vos problèmes. Nicky Larson (ou City Hunter pour les puristes) n’est pas qu’un simple dessin animé de l’époque Club Dorothée. C’est un monument culturel, un mélange improbable de polar noir, de comédie burlesque et de romantisme contrarié.
Mais comment un personnage aussi « obsédé » et politiquement incorrect a-t-il pu devenir une icône indéboulonnable en France ? Pourquoi, plus de 30 ans après, le monde continue-t-il de produire des films et des adaptations sur lui ? Plongée dans les coulisses d’une légende de l’animation.

L’origine du mythe : City Hunter par Tsukasa Hojo
Avant d’être Nicky, il était Ryo Saeba. Né sous la plume magistrale de Tsukasa Hojo en 1985 dans le Weekly Shōnen Jump, le manga City Hunter a révolutionné le genre.
Hojo, avec son trait ultra-réaliste et son sens du détail (notamment sur les armes à feu et les courbes féminines), a créé un personnage d’une complexité rare. Ryo Saeba est un « cleaner » (un nettoyeur) : un ancien mercenaire au passé trouble, hanté par la guerre, qui opère dans les bas-fonds de Tokyo. Ce qui fait le sel du manga, c’est cette dualité : un instant, il est un prédateur implacable capable de loger une balle dans un centime à 50 mètres ; l’instant d’après, il court après une jupe avec une tête déformée par le désir.
Le paradoxe français : Le doublage qui a tout changé
On ne peut pas parler de Nicky Larson en France sans évoquer son doublage légendaire (et controversé). Pour passer à la télévision française dans les années 90, la série a subi une « aseptisation » drastique.
Des « boulettes » et des « petits trous »
Le Nicky original était un coureur de jupe beaucoup plus explicite, et la série traitait souvent avec la pègre et les trafiquants de drogue. Pour convenir à un public d’enfants, les comédiens de doublage, menés par l’inoubliable Vincent Ropion, ont dû improviser.
Les méchants ne mouraient plus, ils « allaient faire dodo ».
Les blessures par balles devenaient des « petits trous dans la veste ».
Les restaurants de luxe devenaient des « buveurs de soupe ».
Le résultat ? Une version française totalement décalée, presque parodique, qui a donné à la série un charme unique que les Japonais eux-mêmes nous envient parfois. Le talent de Vincent Ropion a su donner à Nicky une voix à la fois héroïque et hilarante, rendant le personnage étrangement attachant malgré ses travers.
Le duo explosif : Nicky et Laura
Au cœur de la série, il y a la relation entre Nicky et Laura Marconi (Kaori Makimura). Laura n’est pas juste l’assistante ; elle est la boussole morale et le frein à main de Nicky.
Leur dynamique repose sur un « je t’aime, moi non plus » qui a tenu les spectateurs en haleine pendant des centaines d’épisodes. Laura est célèbre pour son marteau de 100 tonnes (qui sort littéralement de nulle part) qu’elle utilise pour corriger Nicky dès qu’il dérape.
Mais derrière la comédie se cache l’une des plus belles histoires d’amour de l’animation. Une relation basée sur une confiance absolue et un respect mutuel né d’un deuil commun : celui de Tony (Hideyuki), le frère de Laura et premier partenaire de Nicky.
Les ingrédients d’un succès intemporel
Pourquoi Nicky Larson fonctionne-t-il encore sur les générations actuelles ?
1. Un sens de l’action millimétré
Chaque intervention de Nicky est une leçon de mise en scène. Qu’il utilise son Colt Python .357 Magnum ou qu’il pilote sa célèbre Mini Cooper dans les ruelles étroites de Tokyo, l’adrénaline est toujours là.
2. Une galerie de personnages iconiques
Mammouth (Umibozu) : Le colosse chauve aux lunettes noires, ancien ennemi devenu ami/rival de Nicky. Sa phobie des chats et son professionnalisme en font le parfait contrepoint comique.
Hélène Lamberti (Saeko Nogami) : La commissaire de police qui manipule Nicky en lui promettant des « coups fourrés » (ou des rendez-vous qu’elle n’honore jamais).
3. Une bande-son urbaine et mélancolique
La musique de City Hunter est indissociable de son succès. Le titre « Get Wild » de TM Network, qui se lançait souvent quelques secondes avant la fin de l’épisode pour faire la transition vers le générique, est devenu un hymne au Japon. Les morceaux de jazz et de pop des années 80 renforcent cette ambiance de polar nocturne.
L’héritage : Films, Live-Action et Netflix
La preuve de la puissance de la licence réside dans sa longévité. En 2019, le film de Philippe Lacheau, Nicky Larson et le Parfum de Cupidon, a prouvé que la France aimait passionnément ce personnage. Malgré les craintes initiales, Lacheau a réussi l’exploit de respecter à la fois le manga d’Hojo et la version absurde du Club Dorothée.
Plus récemment, le film live-action japonais sur Netflix (2024) a montré un Ryo Saeba plus moderne, plus sombre, prouvant que le « City Hunter » peut s’adapter à toutes les époques sans perdre son âme.
Pourquoi Nicky Larson est-il le héros dont nous avons besoin ?
À une époque où les héros sont souvent soit trop parfaits, soit trop torturés, Nicky Larson offre un équilibre rafraîchissant. Il assume ses faiblesses, son côté ridicule, mais il est d’une loyauté sans faille dès qu’une personne est en danger. C’est un chevalier moderne qui ne porte pas d’armure, mais un holster.
Il nous rappelle que l’on peut être le meilleur dans son domaine tout en gardant une part d’enfant (parfois un peu trop) et un humour à toute épreuve.
Tableau : Fiche technique de la légende
| Caractéristique | Informations |
| Titre Original | City Hunter |
| Créateur | Tsukasa Hojo |
| Première diffusion (FR) | 1990 (Club Dorothée) |
| Arme de prédilection | Colt Python .357 (canon 4 pouces) |
| Voiture culte | Mini Cooper rouge |
| Signe d’appel | Écrire XYZ sur le tableau de la gare |
Conclusion : L’ombre de Shinjuku plane toujours
Nicky Larson est bien plus qu’une madeleine de Proust pour trentenaires et quarantenaires. C’est une œuvre qui a su capturer l’essence de l’urbanité japonaise des années 80 tout en créant un archétype de héros universel.
Que vous préfériez la version japonaise sombre ou la version française cartoonesque, le plaisir reste le même. Alors, la prochaine fois que vous passerez devant une gare, jetez un coup d’œil au tableau d’affichage. On ne sait jamais, un nettoyeur légendaire pourrait bien être dans les parages, prêt à sauver la ville entre deux pitreries.
Le saviez-vous ? Le nom « Nicky Larson » a été choisi par les responsables de AB Productions car il sonnait « américain et détective privé », à une époque où l’on craignait que les noms japonais ne freinent l’audience.
Et vous ? Êtes-vous plutôt « Team Nicky » sérieux ou « Team Marteau de Laura » ? Partagez vos meilleurs souvenirs de la série dans les commentaires !

